3/10 - 4/10 All night long
18h45, départ de notre premier et certainement pas dernier bus de nuit. Nous quittons Chiclayo et par la même occasion la Côte nord du Pérou pour rejoindre à nouveau les Andes, plus
précisément Chachapoyas sur le versant opposé des Andes, (par rapport a la côte) direction la Jungle. La route pour s'y rendre emprunte le col le plus bas des Andes: 2.400
mètres. Les avantages du bus de nuit sont d'une part que le temps passe plus vite et d'autre part qu'on ne se rend pas compte du mauvais état de la route . Par contre, on ne
voit évidemment pas les paysages et dans ce cas-ci, le désavantage majeur est que la compagnie que nous avons choisie (par hasard, sans faire notre "shopping") n'a pas de semi-cama
(siège "semi-lit"), juste des sièges légèrement inclinables et donc peu de place pour les jambes, pas évident pour dormir. Vers 3h45 du matin, arrêt au milieu des montagnes, la route est en
travaux et des rochers bloquent le passage. Il faudra attendre l'arrivée des ouvriers vers 6h du matin. A 7h la voie est libre, nous arrivons une heure plus tard à destination avec 3
heures de retard.
Petite sieste matinale, pause internet et lunch avec menu à 3 soles / 0.75 €, pas mauvais mais toujours l'éternel soupe suivie de riz . Pour finir l'après-midi, nous cherchons le meilleur
moyen de découvrir la region.
Chachapoyas, capitale du département Amazonas (sous région Selva Alta = haute jungle), est une petite ville coloniale agréable situé à 2.300 mètres. Jusqu'il y a 3 ou 4 ans, seuls quelques
touristes s'y aventuraient chaque semaine (dans le Routard 2003-2004 il y a moins de 2 pages sur toute la region). Aujourd'hui, anno 2007, une dizaine de touristes arrive
quotidiennement. La culture Chachapoyas (voir article sur les cultures pré-inca) fut assez importante et
laissa de nombreux vestiges archéologiques parmi une nature vierge.
Comme à notre habitude, nous aurions préféré rayonner par nos propres moyens mais une des 2 routes principales pour découvrir les environs (celle sur laquelle nous avons éte bloqués en bus de
nuit) est ouverte à la circulation uniquement de 4h à 6h et de 19h à 21h. Ceci compromet nos plans. Nous nous inscrivons donc à un trek de 4 jours qui combine des visites culturelles,
de la rando et de l'équitation.
5/10-8/10 Chachapoyas-Leymebamba, trek de Gran Vilaya (4 jours)
Ouf nous avions juste sauvergardé la première partie du texte et ... coupure générale de courant dans le village mais rien de perdu!
JOUR 1
Départ tôt le matin afin de pouvoir passer avant la fermeture de la fameuse route, nous nous arrêtons pour le petit déjeuner dans le superbe petit village de Lamud. Les maisons y sont
de couleur beige, rose ou ocre avec des toits aux tuiles brun foncé et des montagnes verdoyantes à perte de vue; le calme du petit matin ne fait que rajouter du charme.
De Lamud, quelques kilomètres de chemins poussiéreux nous conduisent aux sarcophages de Chanqui. Il faudra la clé de la grille pour y entrer. Ce coté "pas encore vraiment
découvert" et sa situation difficile d'accès à flanc de montagnes sont impressionants. Les Chachapoyas construisaient des plateformes consécutives pour atteindre les endroits parfaits où
placer leurs sarcophages. Afin de protéger leurs morts, ils détruisaient ensuite leurs chemins et une partie des plateformes au retour vers leurs villages. L'autre hypothèse est
qu'ils detruisirent tous les accès à l'arrivée des Incas. La visite des sarcophages de Karijia est plus parlante: les sarcophages sont en parfait état, bien visibles, plus grands,
colorés; ils ont été construits en utilisant les mêmes techniques qu'à Chanqui. Les corps des morts étaient vidés, ensuite remplis d'herbes, tissus et coton puis emballés dans des
tissus et des paniers en bois pour être finalement transportés et placés dans les sarcophages. Il s'agirait, surtout à Karijia, de personnages importants de l'époque mais il y a peu de
réelles traces et témoignages de cette culture éloignée. Pourtant toute la vallée regorge de sarcophages et d'autres sites, certains découverts partiellement, d'autres encore enfuis dans la
nature. Des archéologues y travaillent.
Nous traversons le dernier village et après 1h30 de route, nous arrivons à la Vallee Belen: Waouwww...
Entre les collines, une vallée vert tendre ou un cours d'eau couleur argent sinue en faisant de belles et grandes courbes et où des chevaux paissent tranquillement. Le minibus
décharge le materiel et la nourriture avant de reprendre le chemin du retour, un cheval prend alors le relais. C'est dans cette Vallée, dans notre "Petite maison dans la prairie" que nous
passons la nuit. Le calme, la beauté du lieu, la solitude, le ciel étoilé: un moment de totale plénitude. La nuit tombée, autour d'un feu de camp, nous goutons des liqueurs
locales. La nuit sera fraîche mais relativement confortable.
JOUR 2
En suivant l'ancien chemin pré-inca, durant 6 heures de marche, dont 4 heures costaudes en descente, nous traversons entre
Vallée Belen et Cogon des vallées sauvages, croisons des colibiris, des pic-verts rouges, plein de papillons dont un immense bleu argenté, sans oublier diverses sortes
d'orchidées.
Sur la crête, pic-nic en pleine nature à côté de La Pirquilla: ancien village de maisons circulaires construites sur des bases qui seules restent visibles, le reste ayant été
détruit. Tout est enfui dans la forêt mais il est facile de s'imaginer ce que fut un jour, dans un passé lointain, ce village situé au milieu de nulle part. Déja en
Equateur, nous avions eu ce sentiment de "milieu de nulle part" mais avec le recul, il n'en était rien - ici par contre, c'est vraiment éloigne de tout.
Le village de Cogon où nous avons dormi dans une maison familiale, n'est pas joignable par la route. Sur le chemin vers ce village, nous avons rencontré quelques locaux à pied ou à
cheval. L'image du monsieur relativement agé que nous avons croise est marquante: parti vers 4h du matin, il allait atteindre sa destination vers 14h, apres 10 heures de marche, avec ses 2
mules chargées, l'une de poules, l'autre d'un cochon emmailloté et visiblement pas content.
Le logement est un peu moins sommaire que dans la cabane et nous avons même eu droit à une douche, même si elle était froide et plutôt publique... mais quel luxe après 2 jours. Un
balcon en bois longe tout l'arrière de la maison, on s'y installe, la vue sur les caféiers est agréable. On s'amuse à regarder les poules s'installer dès 17h30 sur les
branches bancales de l'arbre sur lesquelles elles vont passer la nuit. L'expression "se coucher avec les poules" est richement illustrée.
JOUR 3
Deux heures plus tard que prévu, une fois les chevaux perdus retrouvés, nous nous lançons pour une chevauchée de 6 heures sur des sentiers incas très pentus: de 1.700 m a 3.500 m.
On longe longtemps une rivière, la traversons à maintes reprises . Cette region appelée Gran Vilaya offre de belles vues sur les pics où s'accrochent les nuages.
Les jambes se reposent de la veille mais la journée nous paraît encore plus éprouvante; et pour Tristan encore plus car il a fait tout le trajet à pied préférant faire confiance à ses jambes
plutôt qu'à celles du cheval: compréhensible car le chemin est très difficile: dénivelés importants, énormes cailloux glissants, trous,... Nous sommes finalement tous arrivés sains et saufs,
enfin presque car Laurence a dû attraper une vilaine bactérie qui a trouvé refuge dans ses intestins.
JOUR 4...au lit pour Laurence...visite de Kuelap pour Tristan
Forteresse perchée à 3.200 m, à 30 min de route de Choctamal, elle est le plus grand et plus beau vestige de la culture Chachapoyas. Sa construction commença au 5ème siècle et sera en
perpétuelle évolution jusqu'au 15ème siècle. Il existait pour y accéder 2 entrées dont une en forme de " flamme", un couloir se rétrécit au fur et à mesure que l'on pénètre; au final il ne
reste que suffisamment d'espace que pour laisser entrer une seule personne à la fois. On estime que le site accueillait jusqu'à 500 maisons qui sont toutes en pierre et de forme circulaire (comme
partout dans la région) excepté les bâtiments rectangulaires construits ultérieurement par les Incas. Une immense tour de garde et d'autres édifices à vocation funéraire et religieuse
(temple où l'on sacrifiait les animaux) sont également présents dans l'enceinte de la forteresse. Les recherches archéologiques sont toujours en cours. Depuis la forteresse, on
domine toutes les vallées environnantes; les paysages sont grandioses.
Un trek varié alliant visites culturelles et activités sportives dans une region préservée du tourisme de masse.
9/10-10/10-11/10 Leymebamba: repos merite ou force?
Nous changeons nos plans et décidons de rester 3 jours entiers à Leymebamba: pour Laurence, impossible de prendre le bus du mardi (le lendemain du trek, 9/10) et le bus suivant étant
vendredi (2 bus par semaine), ce sera repos forcé mais bienvenu de 3 jours. Chose qui finalement ne nous a absolument pas dérangé.
Au programme: beaucoup de repos, lavage integral du contenu de nos sacs à dos (la machine à laver de l'hotel est à notre disposition), mise à jour de notre blog, visite du musée (voir plus bas)
et rando, une fois remis vers le site archéologique de La Congona.
Leymebamba est un miniscule village avec une belle place centrale (toujours appelée Plaza des Armas ici au Pérou), quelques restos et hostals - dont la notre qui est vraiment agréable. La
majorité du temps nous sommes les seuls touristes dans ce petit hôtel. Il y a même internet dans ce bled paumé mais il faut être patient, il a fallu 3 heures 30 pour mettre 60
photos en ligne (oui oui 3 comme trois). Le temps ne nous est pas compté...C'est d'ailleurs dans ces moments-ci que nous réalisons la chance de pouvoir faire des haltes si nécessaire, de se
reposer, de prendre le temps de parler avec les gens,... comme lors de notre visite au musée.
Tristan était deja aller visiter le musée le dernier jour du trek pendant que j'étais malade mais nous y sommes retournés ensemble. Le musée contient de nombreuses trouvailles provenant du
site La Laguna de Los Condores (à 3 jours aller/retour de Leymebamba à pied - on préfère passer). Environ 20 momies incas ont ete retrouvées dans les sarcophages des Chachapoyas. Les
autres découvertes sont majoritairement des céramiques, poteries, tissus, bijoux et des bouliers compteurs en fil où les noeuds servaient de compteur. Nous avons appris les différentes
sortes de momification et beaucoup de détails sur la riche culture des Chachapoyas.
Le dernier jour de notre séjour à Leymebamba, La Congona nous attend...20 kilomètres avec des beaux dénivelés... serons-nous à la hauteur? Après avoir dévalisé les 3 boutiques de la
place pour préparer notre pic-nic (sandwichs au thon et à l'avocat), on part a l'assaut. La saison des pluies a déjà commencé mais partout le soleil est radieux. Ca monte fort mais
après 3h30, on y arrive enfin, aidés par les indications des paysans car le site est bien caché sur le haut d'une montagne et en partie ensseveli dans la végétation luxuriante (la jungle
n'est pas loin). A peine arrivés, les forces de la nature se déchaînent: un orage à gauche, un à droite, nous prenons juste le temps d'avaler nos sandwichs et de faire
quelques photos avant de rebrousser chemin. Le retour, même s'il ne nous prendra que deux heures s'avèrera aussi difficile que l'aller, sous une pluie battante et sur un sol argileux
bien glissant. Fatigués mais heureux d'avoir relever ce defi, nous rejoignons nos pénates pour une dernière nuit.
Durant une semaine, la region Chachapoyas nous a enchanté. Nous la laissons derrière nous, chaque chose en son temps. Vendredi 12/10, un trajet aventureux en bus nous attend,
direction Celendin et puis Cajamarca.