Mercredi 28 novembre 2007
La Paz - Cochabamba - Tarata et Punata - 24/11-28/11/2007
Après notre court séjour à Coroico, nous avons fait une halte d'une après-midi à La Paz avant de nous diriger vers Cochabamba. La route est d'abord assez morne. Pendant plusieurs
heures, le bus traverse l'altiplano qui a l'air encore plus désertique qu'autre part. Tout est archi-sec, tout est rapé, pas un poil de verdure à l'horizon, pour seule flore: quelques
oyats. Parfois, une maison qui a plutôt l'air d'une chaumière, un paysan usé de parcourir des distances inhumaines sous un vent glacial ou quelques troupeaux qui broutent on ne sait
quoi.
Cela saute aux yeux, cette zone est pauvre, très pauvre. Le long de la route se trouvent des citernes aux couleurs de l'Unicef qui a fourni un réseau d'eau potable à la région.
Les Etats-Unis soutiennent également divers projets de développements (mais nous ne savons pas s'il y a une raison cachée liée aux quotas sur la Coca). Au JT local, les campagnes
d'alphabétisation font la une. Dans les villes, les mendiants sont à chaque coin de rue. Des signes qui ne trompent pas: le pays est un des plus pauvres d'Amérique
Latine. Il y a un fossé entre les diverses classes sociales et surtout entre les villes et la campagne.
Un bel exemple est ce village croisé au milieu du trajet entre La Paz et Cochabamba. Surgi de nulle part, des cabanes " améliorées" forment un village où se déroule sur les
bas-côtés de la grand route, un marché super coloré. Toutes les personnes présentes sont vêtues d'habits hauts en couleurs: chapeaux, ponchos, jupons, gilets à
broderies. C'est magnifique. D'ailleurs, à partir de cet endroit, les paysages changent aussi. Nous nous retrouvons au bord de l'altiplano et nous surplombons la vallée.
Le panorama est presqu'à 360 degrés.
En dévalant les pentes de l'altiplano vers la Vallée, nous atteignons Cochabamba. Ici, à 2.500 mètres, règne le printemps éternel. Samedi et dimanche, la ville vit au ralenti.
Dès lundi, elle se réveille et s'avère bien vivante et aussi plus riche que La Paz. On y passe d'agréables moments; le temps y est pour quelque chose aussi. Plus de 25 degrés, sec,
ensoleillé et une légère brise le soir. On y fête le 34ème anniversaire de Laurence autour d'une pizza et d'un petit vin local.
Découvrir Cochabamba c'est aussi partir à la découverte de la Valle Alto: la Haute Vallée. Non loin de la ville, s'y cachent des villages encore vierges de tout
tourisme. Nous y consacrons deux journées: une pour Tarata qui fête San Severino le dernier dimanche de novembre et l'autre pour Punata visitée lors de son marché hebdomadaire du mardi.
Tarata est un village "carte postale", l'architecture d'antan bien conservée: ruelles pavées avec des galets ronds, jolies façades dans des dégradés de beige, place ombragée par
des palmiers. Nous assistons à LA fête annuelle, en l'honneur de San Severino, le Saint des Pluies. Pourtant pas une goutte à l'horizon, au contraire, le soleil tape et nous pouvons
observer un phénomène étrange: un arc-en-ciel circulaire autour du soleil et une zone d'ombre à l'intérieur de ce disque.
Tout le village ainsi que des villageois des environs et des citadins de Cochabamba se sont donnés rendez-vous ici, en famille ou entre amis. Par contre, nous ne croiserons que 5 autres
touristes. Cela nous convient parfaitement! Le but de cette sortie dominicale: déambuler dans les ruelles, jouer aux attractions foraines sorties d'un autre siècle, goûter aux
spécialités locales (patisseries tapissées d'une couche de meringue, glaces et glacons, fruits frais, chorizo, tripes, pieds de porc mijotés,...) et bien évidemment aller à l'Eglise.
Située à l'autre extrémité du village, elle est dédiée à San Severino et on fait la file pour aller brûler un cierge ou fleurir la statue. Une autre activité est boire:
bière ou chicha, au choix. Comme pour la nourriture, nous restons sur nos classiques: soupe au poulet, bière et quand même une glace à la cannelle. A 2-3 occasions, les locaux
veulent nous faire goûter la chicha mais nous fuyons lâchement. Vous allez comprendre pourquoi. Sous 25 à 30 degrés, ils se promènent avec un seau de chicha qu'ils boivent à l'aide d'un bol
(devons-nous spécifier qu'il s'agit du même bol pour tout le monde?) taillé dans une noix de coco.
Le clou de la journée est le cortège, San Severino en tête, suivi des groupes de musiciens, danseuses, personnages déguisés. Un carnaval avant l'heure. L'ambiance bon enfant nous a vraiment
beaucoup plu.
Si nous n'étions que quelques touristes à Tarata, nous étions les seuls à
Punata. Le marché y est vraiment énorme, pittoresque. Des échoppes vendant un peu de tout sont
installées un peu partout. On y croise des milliers d'indiens mais préférons rester discrets et ne sortons pas l'appareil photo.
Nous essayons de décrire le costume de l'indienne traditionnelle de Punata:
* Un chapeau de paille enduit d'une couche épaisse de peinture blanche, entouré d'un ruban et garni d'une fleur en tissus
* De longs cheveux noirs noués en 2 nattes (à la Fifi Brin d'acier), reliées entre elles par des tresses de laine et parfois des pompons
* Une blouse-chemisier en dentelle, principalement dans des tons pastels
* Par dessus la blouse: gilet, chandail ou poncho de laine, peu importe la température
* Sur le dos, un tissus rayé et bariolé qui sert de sac pour mettre ses provisions ou encore ses bébés (tissus sublimes pour lesquels on a craqué...Aïe le poids du sac)
* Jupe courte plissée, en velour lisse qui ne fait qu'aggraver les rondeurs de ces dames bien potelées; de plus elles portent un ou des jupons sous leur jupe
* Des mocassins tout plats et selon les cas des bas en laine jusqu'au genou ou des collants ou encore des fuseaux.
Les hommes s'habillent de façon plus européenne mais ils portent tout de même souvent le chapeau. Celui-ci reste un attribut important, signe d´une appartenance culturelle. Ainsi dans la
région de La Paz, les dames portent un chapeau de feutre dur marron ou noir, juste posé sur la tête, ils tombent au moindre coup de vent ou quand elles s'assoupissent dans le bus, ce couvre-chef
a un petit air de chapeau melon. A Cochabamba, elles portent le chapeau de paille blanc bien enfoncé sur la tête.
Hier et aujourd'hui, nous avons changé 36 fois l'itinéraire des jours à venir à cause des émeutes à Sucre, des grèves et bloquages de routes. La situation est difficile à suivre.
Pourtant, ici, ces problèmes paraissent être chose courante voire normale. Nous avons un peu l'impression que certains profitent d'un problème politique pour réclamer l'un ou l'autre
droit et faire grève par la même occasion. D'après ce que nous avons compris, voici un résumé des problèmes. Le Mas - parti socialiste - aurait voté des nouveaux articles
de la Constitution que l'opposition n'accepte pas. Il y a eu des émeutes à Sucre entre étudiants et forces de l'ordre. Les policiers dont la Caserne et les véhicules furent incendiés,
ont déserté la ville. On y dénombre 3 morts et des dégâts matériels importants. Plusieurs régions réclament plus d'indépendance. Les Cocaleros (producteurs de feuilles de coca)
et autres paysans/agriculteurs organisent des marches et des bloquages de routes pour réclamer au gouvernement des aides pour améliorer leur sort.
Pour éviter de rester bloquer dans des endroits trop reculés, nous n'irons pas Santa Cruz ni dans l'est, nous allons rejoindre l'axe plus touristique: Oruro-Potosi-Uyuni. Si la
situation s'améliore, nous ferons un détour par Sucre. Aujourd'hui, 28/11, prolongation forcée d'une journée supplémentaire à Cochabamba car toute la ville est bloquée et pas un bus ne la
quitte. Tout devrait rentrer dans l'ordre dès ce soir. Pas simple un voyage en Bolivie...